Club XXIe Siècle

Diversité et administrations publiques : quel engagement ?

Publié le 19 juin 2018

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« Mensonges et vérités »*, le livre de mémoires de l’ancien directeur du FBI James Comey, renvoyé brutalement par Donald Trump en mai 2017, est intéressant à plus d’un titre : il expose d’une manière unique les défis qui se posent pour un responsable public de haut niveau dans une période politiquement très compliquée et brosse un tableau assez effrayant de l’actuel président des Etats-Unis. Mais d’une manière plus surprenante, il donne également un éclairage remarquable sur la conception que peut avoir un (très) haut fonctionnaire américain des sujets de diversité.

Ainsi, on apprend dans le dernier chapitre de l’ouvrage que le jour où James Comey a été démissionné, il assistait à un évènement sur la diversité du recrutement des agents du FBI. Qu’en dit-il ?
« J’adorais ces événements – destinés à recruter plus de membres issus des minorités- et les deux que nous avions organisés précédemment s’étaient très bien passés. La diversité au sein du FBI était la clé de notre succès sur le long-terme (..). Notre plus gros obstacle était que bon nombre de jeunes gens, surtout des hommes et femmes noirs et latinos à forts potentiels (avocats, ingénieurs, diplômés d’écoles de commerce), voyaient le FBI comme un symbole du « Système ». J’appréciais ces rencontres car elles nous offraient l’opportunité de montrer à ces hommes et femmes talentueux à quoi ressemblaient vraiment le FBI ».

Voilà qui peut surprendre un lecteur français, venant d’un homme qui incarne presque de façon caricaturale l’élite aisée de la cote Est. Le plus étonnant est à venir : James Comey explique qu’alors que les télévisions annoncent en direct sa « démission » puis son limogeage, il débat avec ses adjoints de la possibilité de continuer à participer à cette journée de recrutement, car il s’agit d’une des choses les plus importantes à ses yeux : « Je devais tout de même assister à la réunion sur la diversité, même en tant que simple citoyen. Ca me tenait à coeur, et je pouvais toujours inciter ces jeunes hommes et femmes à choisir cette vie là, même si je n’en faisais plus partie « . Finalement il jettera l’éponge pour ne pas embarrasser ses équipes.

Ce qui est frappant, c’est qu’en plus d’une conviction personnelle et éthique, James Comey s’appuie sur un raisonnement parfaitement rationnel pour justifier son engagement pour la diversité au sein de l’institution qu’il dirige, et l’explique plus tôt dans l’ouvrage : si le FBI se ferme aux minorités et devient une « organisation de Blancs », alors il perdra une grande part de son efficacité et il ne pourra plus prétendre représenter le peuple américain. « Dans un pays qui se caractérise par une diversité toujours plus grande, il ne fallait pas que tous nos agents se ressemblent, sinon nos performances allaient s’en ressentir ». Au final, James Comey se félicite de son bilan dans ce domaine et le mesure en termes statistiques : « Au cours de ma troisième année à la tête du FBI, 38% de non-Blancs avaient intégré l’académie de Quantico, contre 20% au sein des effectifs, alors que les conditions d’admission n’avaient pas changé ».

Nous pouvons certes nous dire que cette approche très volontariste fondée sur l’ethnie supposée ou déclarée n’est pas la nôtre. En revanche, ce qui peut nous inspirer, c’est l’engagement puissant et personnel d’un grand patron d’administration publique pour augmenter concrètement la diversité dans ses équipes, à tous les niveaux. En France, nous y sommes maintenant habitués dans les entreprises, mais quel ministre, quel directeur d’administration centrale, d’administration locale ou de grand établissement public a jamais pris publiquement un engagement de ce type concernant ses propres troupes? Il serait temps d’y songer.
* En VO, « A higher loyalty » un bien meilleur titre !
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