Club XXIe Siècle

Dîner-débat avec Patrick Gérard : ENA, école de la diversité ?

Publié le 11 janvier 2019

Mercredi 8 janvier, le Club XXIe Siècle accueillait Patrick Gérard, directeur de l’École Nationale d’Administration (ENA), pour inaugurer une nouvelle année de dîners-débats.

Professeur des universités en droit public, recteur des académies de Bordeaux, Tours-Orléans et Paris, directeur de cabinet du ministre de l’Éducation Nationale Gilles de Robien… Patrick Gérard a dédié sa carrière de haut fonctionnaire à l’éducation. Un engagement qui l’a mené à la présidence de l’ENA.

« Essayer de former les jeunes, c’est la meilleure façon de préparer l’avenir du pays. »

Durant le débat, Patrick Gérard a rappelé l’importance des défis que devra relever la France dans les années à venir : « Il y a des défis numériques, il y a des défis sécuritaires, des défis territoriaux, environnementaux…« . Une manière de rappeler l’importance de l’éducation en général, mais aussi d’une école d’excellence comme l’ENA.

Pour lui, les hauts fonctionnaires formés par l’école doivent être des généralistes capables de gérer des problèmes très concrets, au service de l’intérêt général. Une élite administrative bien loin de l’image de technocrate acerbement critiquée par nombre de Français.

« Toutes les critiques ne sont pas infondées… »

Patrick Gérard comprend néanmoins certains reproches faits aux énarques et regrette que certains fonctionnaires puissent trop se distancier du terrain. Il insiste sur l’importance de l’ouverture : “Si vous voulez rester une des élites, vous devez vous ouvrir en permanence. Sinon vous devenez une caste.” Une opposition fondamentale, qui reviendra à plusieurs reprises au cours du débat.

En tout état de cause, la mauvaise image de l’école reste pour lui largement infondée. “On dit souvent que quand tout va bien c’est grâce aux maires, et que quand tout va mal c’est à cause des énarques.”

« Moi je ne cherche qu’une chose, c’est que l’administration ressemble à la société française. »

Autre sujet abordé lors du débat : la composition des effectifs de l’ENA, un sujet délicat pour l’école régulièrement accusée d’entretenir la reproduction des élites françaises. L’occasion pour Patrick Gérard de rappeler la fonction du concours d’entrée, destiné à permettre une sélection basée sur le mérite.

Un système aux résultats mitigés : la promotion 2018 – 2020 par exemple comptait près d’un tiers d’étudiants boursiers, et aucun enfant d’énarque, de parlementaire ou de ministre. Néanmoins parmi les élèves, on retrouvera une surreprésentation des enfants de cadres ou d’enseignants, et un manque d’enfants d’ouvriers ou d’agriculteurs.

Cette culture du mérite au cœur de la fondation de l’école en fait une institution intrinsèquement ouverte : l’ENA a vocation à accueillir les talents, indépendamment de leur origine ou de leur identité. C’est notamment la raison pour laquelle elle deviendra la première grande école française ouverte aux femmes.

Aujourd’hui, le combat pour la diversité s’est étendu à d’autres catégories de population : les banlieues, les enfants d’immigrés, les jeunes issues des catégories socio-professionnelles les moins qualifiées… Des inégalités profondes qui ne disparaîtront pas d’elles-mêmes : « Tant qu’on aura pas fait que ces gens arrêtent de s’autocensurer, il faudra passer par des dispositifs de discrimination positive.« 

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