Club XXIe Siècle

Dîner-débat avec Olivier Faure : y a-t-il un futur pour le PS ?

Publié le 14 février 2019

C’était le 8 février à la Maison des Polytechniciens. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste était l’invité d’honneur d’un dîner-débat du Club XXIe Siècle. Au menu de la soirée : le futur politique d’un PS diminué après les élections de 2018, l’inclusion et l’éducation.

« J’avais raté le Siècle et voilà que je rentre au XXIe Siècle » . Détendu et cordial, Olivier Faure a vite donné le ton du débat avec les membres. Entre ses anecdotes de jeune militant socialiste et le récit de son arrivée à Paris depuis la banlieue orléanaise, il n’hésite pas à jouer l’autodérision.

C’est également sur le registre de l’humour qu’Olivier Faure évoque les travers du parti à la rose qu’il suit depuis 24 ans maintenant : réunions sans débouchés clairs, lenteur de la progression des militants à l’intérieur du parti, focalisation des adhérents sur leurs différences plutôt que sur leurs idées communes… Une dérision qui n’empêche pas de tirer des conclusions sérieuses : « Quand on a vécu un échec aussi cuisant lors des présidentielles, on doit accuser réception du message ».

À la recherche d’un cap commun

Début février, Olivier Faure prenait la parole pour faire l’inventaire du mandat présidentiel de François Hollande ; un inventaire parfois critique, très diversement apprécié au sein de sa famille politique. Olivier Faure assume pourtant une volonté de rassemblement de la gauche, pour proposer une troisième voie crédible face à l’opposition centre-droit/extrême droite qui s’installe.

« Quand un tsunami se prépare, les gens préfèrent la digue au château de sable. La gauche divisée, c’est le château de sable qu’elle représente, mais unie, elle peut devenir la digue ».

Pour mener à bien ce difficile rassemblement, Olivier Faure prône l’ouverture, y compris vis-à-vis de jeunes mouvements comme Place Publique. Une approche qu’il revendique de François Mitterrand, qui déjà en son temps avait su rencontrer les mouvements féministes ou encore se rendre dans le Larzac pour recueillir les idées neuves là où elles se trouvaient.

Questionné sur les frontières de cette union des gauches, Olivier Faure admet quelques limites. Malgré la proximité avec certains frondeurs, difficile selon lui de se rapprocher de LREM au risque de se voir aspirer par le parti macroniste. D’un autre côté, le rassemblement avec les Insoumis se heurte à de profonds désaccords, notamment sur l’Union Européenne.

Critique de la sélection par le mérite

« L’éducation libérale veut que les jeunes acquièrent des compétences pour le marché du travail. L’éducation conservatrice veut conserver les statuts sociaux. Et une éducation dite ‘de gauche’ veut les amener à se construire en tant que personnes et citoyens ».

Avec les membres du Club, Olivier Faure a tenu à parler plus en détail d’éducation. Critique sur les systèmes de sélection par le mérite, il rappelle l’importance de l’origine sociale des élèves : « Aujourd’hui, l’Éducation est payée par tous mais bénéficie principalement à ceux qui héritent d’un capital culturel important ». Quand un enfant de professeurs apprend vite à saisir les opportunités offertes par l’école, des enfants d’immigrés vivant dans des milieux populaires ont plus de mal au même âge à prendre en main leur scolarité. Le premier secrétaire résume : « Considérer que les dés sont jetés après le CM2, ce n’est pas possible ».

 

Pour conclure, Olivier Faure fait face à un important défi pour le PS et plus largement la gauche républicaine : rassembler les différents mouvements autour de leurs points communs pour constituer une alternative politique au centrisme et à l’extrême-droite. Pour cela, il devra composer entre le pragmatisme trop peu séduisant de François Hollande et la vision trop idéaliste de Benoît Hamon. Deux héritages ambivalents pour le Parti socialiste, qu’il faudra exploiter plutôt que subir.

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