Club XXIe Siècle

Dîner-débat avec Serge Weinberg : la fin de la « diversité » ?

Publié le 15 mai 2019

Mercredi 17 avril 2019, le Club XXIe Siècle recevait Serge Weinberg au Marriot Ambassador. Au cours de la soirée, le Président du Conseil d’Administration de Sanofi a présenté aux membres du Club sa vision  d’une société encore trop « crispée » et des moyens de l’ouvrir avec davantage d’inclusion.

Dans la continuité d’un parcours scolaire brillant, Serge Weinberg accède aux grandes formations de la République : SciencePo Paris, puis l’ENA (promotion 1976). Serge Weinberg débute sa carrière au service de l’État, d’abord comme sous-préfet, puis comme chef de cabinet de Laurent Fabius, alors ministre du Budget. C’est néanmoins dans le privé qu’il effectuera l’essentiel de sa carrière, au sein de grandes entreprises telles qu’Havas Tourisme, la Banque Pallas, et surtout le groupe Pinault, en tant que président du groupe CFAO (Compagnie Française de l’Afrique Occidentale), président de Rexel, et enfin président du directoire de Pinault Printemps Redoute (devenu Kering).
Entrepreneur dans l’âme, Serge Weinberg n’hésitera  pas à  créer sa propre structure. Ainsi, en 2005 il crée son propre fonds d’investissement : Weinberg Capital Partners. 5 ans plus tard, en 2010, il rejoint en parallèle le Conseil d’Administration de Sanofi pour siéger à sa tête…

La diversité face à la fracture sociétale

Si, dès les années 80, la France semblait prendre conscience de sa diversité avec de grands épisodes populaires comme « Touche pas à mon pote » ou la « marche des Beurs » puis l’expression « Black-Blanc-Beur »  avec la Coupe du monde de football en 1998, la situation n’a, depuis, pas toujours évolué dans le bon sens.

La diversité positive, il y a de cela 15 ans, était abordée de manière décomplexée en France et dans l’entreprise. Cependant, aujourd’hui, le sujet est devenu sensible, voire polémique : l’essor dans le débat public des idées nationalistes et xénophobes a fait apparaître de profondes divisions au sein de la société française. Un climat de tension explosif oppose des communautés en perpétuelle confrontation, qui ne parviennent pas ou plus à établir le dialogue. En 2000, Claude Bébéar et Serge Weinberg avaient tous deux initié une charte de la diversité, mais ce type de démarche semble malheureusement devenu insuffisant dans l’état de crispation ambiant…

Avec la crise des gilets jaunes, les inégalités économiques et territoriales, le phénomène populiste, etc., l’unité de la France apparaît fragilisée, perturbée. Une situation que Serge Weinberg attribue aux difficultés de son modèle économique : le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé d’Europe (source Eurostat), la dégradation des services publics, le chômage, l’appauvrissement des territoires…

L’échec français, un constat ?

« Qu’avons-nous raté pour que notre société française en soit arrivé là ? » demande un des membres du Club. « La puissance publique a laché l’affaire. », répond Serge Weinberg, « Nous n’avons pas été à la hauteur pour garantir le respect du pacte républicain. […] Le pacte républicain était le ciment de notre société, un rassembleur, un créateur de cohésion sociale, un garant de notre unité. Nous avons perdu cette République forte et attirante ».

Selon lui, la France a cédé à la peur : un sentiment exploité par les populistes et aggravé par la désinhibition de la parole et des discours de haine. Un résultat que Serge Weinberg attribue entre autres aux médias traditionnels et aux réseaux sociaux qui ont encouragé l’auto-ségrégation.

Le dirigeant d’entreprise pointe également du doigt les entreprises et la globalisation du monde pour laquelle elles militent ; sans toujours s’apercevoir de ses effets pervers. Ainsi, les entreprises mondialisées peinent à traiter des problématiques comme la diversité. « Certains grands chefs d’entreprises ne se préoccupent pas des problèmes des Français. » Une problématique qui doit être prise à sa racine, explique Serge Weinberg : c’est au niveau local que les efforts en matière de diversité doivent être déployés, en laissant plus de libertés aux collectivités et aux acteurs de terrain.

Des projets à l’échelle humaine

Non sans exprimer une difficulté certaine, Serge Weinberg défend une nouvelle approche de la diversité et de ses outils. Il ne mâche pas ses mots :  « Je n’aime pas ce mot ‘diversité’, c’est devenu un mot de la bien-pensance ».

Pour lui, légiférer ne fera pas évoluer les choses, c’est plutôt auprès des investisseurs qu’il envisage de trouver des solutions. « C’est par l’exigence des investisseurs que les entreprises ont changé leurs comportements en matière de développement durable. »

Fort de cette conviction et du constat des inégalités montantes comme de la panne de l’ascenseur social, Serge Weinberg créait en 2005 l’Institut Télémaque, une association qui accompagne les jeunes élèves méritants de milieux modestes par le biais d’un double parrainage « école-entreprise ».

L’Institut parraine 700 élèves qui sont suivis par des patrons d’entreprises comme Sanofi, Axa, PPR, La Poste, etc., et des professionnels de l’éducation. L’association accompagne des élèves de filière générale ou professionnelle sur le long terme (jusqu’à 6 ans), elle les initie à la culture, au monde de l’entreprise, et à leur propre potentiel : un travail de fond pour aider ces jeunes à s’affirmer et à réussir.

L’expérience a déjà porté ses fruits avec une amélioration considérable de leurs résultats scolaires. De très bons résultats que l’association souhaite encore développer en parrainant davantage d’enfants.

En parallèle, pour faire face aux baisses de ressources subies par les associations, Serge Weinberg crée un fonds d’impact pour l’association. Aujourd’hui 68 signataires s’accordent à verser à l’Institut Télémaque 10 % de leur revenu.

 

Fervent défenseur du capitalisme, Serge Weinberg conclura sur sa conviction que les entrepreneurs et chefs d’entreprises doivent être audacieux et faire preuve de panache, en matière de RSE notamment. Néanmoins, un travail de mobilisation des dirigeants est indispensable pour que de réelles décisions soient mises en œuvre.

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Dîner-débat avec Serge Weinberg : la fin de la « diversité » ?