Club XXIe Siècle

Dîner-débat avec Isabelle Kocher : « Les tendances lourdes de la société guident nos choix stratégiques »

Publié le 4 juin 2019

Le lundi 27 mai, le Club XXI Siècle organisait son 5ème dîner-débat de l’année avec pour invitée d’honneur Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie. Cet événement s’est déroulé dans les bureaux parisiens d’Accenture où Jean-Marc Ollagnier, Group Chief Executive – Resources, accompagné d’Olivier Girard, président d’Accenture France et Benelux, ont chaleureusement accueilli une assistance nombreuse et à l’écoute.

Après des études prestigieuses et un passage à Bercy, Isabelle Kocher amorce un parcours non moins prestigieux au sein du groupe Suez. En 2011, elle est nommée directrice financière de GDF Suez et devient en mai 2016 la directrice générale de l’entreprise, devenue entre temps Engie.

L’urgence de la transition énergétique

« Il n’y a pas de secteurs qui ont dû changer si vite et si fort. Notre chance, c’est de ne pas avoir le choix », c’est ainsi qu’Isabelle Kocher débute son intervention. L’entreprise a en effet dû faire en un temps record le tri de ce qui avait vocation à croître (le solaire, les biogaz, etc.) et arrêter plus de 20 % de ses activités fortement productrices de CO2 (centrales à charbon, extraction de pétrole, etc.). Ressembler à la société, retourner aux fondamentaux, s’appuyer sur ce qui est solide, durable, telle est la recette d’Isabelle Kocher et elle guide sa stratégie à tous les niveaux. Selon elle, le premier danger pour une entreprise serait de perdre contact avec la réalité de la société et de sa population.

50 % de femmes manager en 2030

C’est donc naturellement qu’elle a fixé l’objectif de 50 % de femmes managers au sein du groupe en 2030. Elles sont aujourd’hui 28 % à occuper ce type de poste et 4 au sein d’un Comex de 13 membres. Un objectif ambitieux, qu’elle fixe volontairement à long terme. « Quand on fixe un objectif à un an on le surestime, quand on le fixe à cinq ans, on le sous-estime », affirme-t-elle. Elle ne souhaite pas définir de quota annuel à atteindre, qu’elle estime peu en prise avec la réalité. Un des principaux moyens pour aboutir à cet objectifest de changer l’image des métiers techniques et scientifiques auprès des femmes. Pour assurer les recrutements futurs, c’est au niveau des établissements d’enseignement, dès le collège, que cette action doit être menée. Des techniciennes du groupe assurent d’ailleurs des interventions dans le cadre scolaire. Les autres piliers sur lesquels s’appuyer ? L’apprentissage, la formation interne…

« Les femmes ne doivent pas chercher à reproduire un modèle de leadership masculin »,souligne-t-elle. Isabelle Kocher va même plus loin et réfute l’idée d’un modèle de leadership féminin et masculin. « Quand une femme est n°2 d’une entreprise, on trouve que c’est une belle histoire, quand elle devient n°1, c’est différent, on lui reproche son autorité et son côté ”maîtresse d’école” ». C’est une représentation qu’elle souhaite bannir dans son organisation.

Au plus près du terrain

Être au plus près du terrain, c’est pour Isabelle Kocher la meilleure façon de garantir la diversité sous toutes ses formes. Sur le terrain, elle peut s’appuyer sur des gens très compétents en prise avec les réalités locales. Dès le moment où le cap est clair, les choix assumés et les finalités partagées, elle pense qu’on peut lâcher la bride et que les choses suivent. Pas de diktats imposés, la manière de concevoir l’entreprise embarque toutes ses composantes. Il s’agit de transformer un système dans son épaisseur, et la diversité en fait partie.

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Dîner-débat avec Isabelle Kocher : « Les tendances lourdes de la société guident nos choix stratégiques »