Tribune de Mémona Hintermann

Membre du CSA


Mémonna HintermannEnfin un guide des experts proposant, aux radios et télévisions, un choix de noms de personnes compétentes à l’image de la diversité de notre société ! Le Club XXIe Siècle ose se lancer dans cette aventure pour une raison évidente : l’audiovisuel tricolore manque d’audace dans sa politique d’invitation en plateau ou pour de brèves interviews. Année après année, le Baromètre de la diversité du CSA relève ce décalage flagrant. Oui, la France a changé, oui, la France a permis à ses enfants de toutes origines d’avoir accès à l’éducation. Médecins, ingénieurs, avocats, chercheurs… l’excellence ne se subordonne pas à des pigments.

Pourquoi, alors, les noms et les visages de cette France-là ne sont- ils que des exceptions dans les émissions de radio et de télés ? Qui a peur de montrer notre richesse humaine ? Le refrain des droits universalistes ne suffit plus, les gens veulent reconnaître leur appartenance à la France dans les programmes, notamment dans l’info. Exigence de droits civiques et de cohésion sociale. De justice !

Lors d’une double mission du CSA en 2016, en Allemagne et aux Etats-Unis, nous avons remarqué que les guides d’experts incarnant la diversité sociale et culturelle de ces grands pays, disposant de médias solides, existent, que les rédactions y ont recours. Sauf à être d’assez mauvaise foi, personne ne se hasarde à prétendre que des experts ne seraient présents que pour leur couleur de peau, leur supposée religion, leur nom. Si leur participation est médiocre, l’audience sanctionnera.

Que des profils renouvelés puissent avoir accès aux micros et caméras au nom de la force de leurs expériences, de leurs parcours, de leurs expertises, participent à l’équilibre d’une société.

L’inverse porte un nom, il s’appelle : discrimination.

Le Guide des experts de la diversité française a certainement demandé du courage à ceux qui l’initient et à ceux qui acceptent que leurs noms y gurent.

Oui, il faut une part de militantisme pour s’engager dans cette voie. Pas en se disant « cela ne me servira à rien, je suis déjà repéré » mais pour que d’autres puissent eux aussi émerger. Tenir l’échelle pour que ceux qui ont du mérite puissent oser grimper à leur tour est un geste noble.

Radios et télés exploitent GRATUITEMENT les fréquences hertziennes. Ces fréquences appartiennent au domaine public, c’est notre patrimoine commun. Quoi de plus normal d’attendre des programmes qu’ils rassemblent la nation dans la diversité qui concourt à son unité ?

Les 7 radios de Radio France, les 6 chaînes de France Télévisions, les 3 chaînes de télévisions de France Médias Monde et la radio RFI ont des responsabilités encore plus cruciales quant à l’incarnation de la France toute entière : le service public fonctionne essentiellement sur les deniers du contribuable. Médias publics, médias privés ont intérêt à faire en sorte que leurs antennes reflètent notre pays : la diversité, c’est bon pour l’audience !

 

Logo-CSA-HD